Selon l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC), investir dans un pays corrompu peut coûter jusqu’à 20% de plus [1]. Visant l’amélioration de la qualité et l’indépendance de l’audit public dans la région, la coopération entre le Conseil d’audit du Japon (BOJ) [2] et les institutions supérieures de contrôle des finances publiques (ISC) des États d’Asie du Sud-Est prévoit des programmes de renforcement des capacités au niveau bilatéral et régional. Cette coopération renforce la bonne gouvernance, la transparence et la démocratie en Asie du Sud-Est où l’aide publique au développement (APD) et les investissements directs régionaux (IDR) japonais sont importants. L’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) octroie un soutien technique et financier aux ISC sud-est-asiatiques. Le BOJ et la JICA promeuvent un cadre sécurisé pour les investissements, positionnant le Japon comme une puissance normative dans un contexte d’absence d’un leader unanimement accepté dans la région.
Le rayonnement du Conseil d’audit du Japon au sein de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (INTOSAI)
Une ISC exerce la fonction technique et indépendante de contrôle externe du secteur public généralement prévue par la Constitution d’un État. Avec le parlement et d’autres organes nationaux, les ISC contrôlent l’action des gouvernements, des administrations et des entreprises publiques [3]. Plus largement, une ISC est un organisme étatique ou international qui exerce la plus haute fonction de contrôle au niveau national ou supranational. Les responsabilités des ISC varient selon les dispositions juridiques nationales et leurs mandats spécifiques de contrôle ou de répression [4]. Créé en 1880 sous la tutelle du « Dajokan » (ancien Cabinet du Premier ministre), le BOJ deviendra une organisation constitutionnelle indépendante d’audit des finances et comptes de l’État, des préfectures, des municipalités et autres organismes publics. Institution de rayonnement international du Japon, le BOJ a publié un ouvrage retraçant 130 années d’activités (1880 - 2010) [5].

Le 5 novembre 2025, Harada Yuhei Président du Conseil d’audit du Japon, présente à la Première ministre Sanae Takaichi le rapport d’audit des ministères, agences et institutions affiliées au gouvernement (exercice 2024). Les activités du BOJ sont régulièrement publiées dans la revue internationale de vérification des comptes publics de l’INTOSAI. Source : jbaudit.go.jp
Référence mondiale, le BOJ organise depuis 1996 la réunion internationale de Tokyo sur l’audit relative au partage d’informations, d’opinions et de solutions aux problèmes rencontrés par les ISC participantes. La 29ème réunion internationale de Tokyo a eu lieu du 10 au 12 décembre 2025 [6]. Le BOJ se distingue par sa contribution à l’élaboration de manuels tels que la revue internationale de vérification des comptes publics de l’INTOSAI [7] ; ou le guide pratique de l’ONUDC [8]. Le prestige du BOJ rayonne au sein de la Commission des normes professionnelles et du Conseil d’administration de l’INTOSAI (représentant des ISC asiatiques).
Le Conseil d’audit du Japon : centre administratif pour le renforcement des capacités de l’Organisation asiatique des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (ASOSAI)
Le VIIIème Congrès de l’INTOSAI (1974) a reconnu l’existence de problèmes communs aux ISC des pays en développement [9]. D’où la recommandation de créer des groupes régionaux, dont l’ASOSAI fondée en 1979 [10]. Le BOJ a été désigné Centre administratif de l’ASOSAI pour le renforcement des capacités. Le BOJ assure l’organisation des programmes de formation pour les ISC et la présentation des activités aux Assemblées et Conseils d’administration de l’ASOSAI [11]. À la 61ème réunion du Conseil d’administration (septembre 2024), le BOJ a proposé la création d’un nouveau groupe de travail et un projet de recherche triennal en audit dans lequel sa contribution a été remarquable [12].

L’Auditeur général adjoint du Vietnam Bùi Quôc Dung (au premier plan) présent aux réunions de la 16ème Assemblée générale, des 60ème et 61ème Conseils d’administration de l’ASOSAI (New Delhi, Inde, 23-27 septembre 2024). Doté d’un centre de formation, le BOJ soutient la modernisation et l’autonomisation des ISC d’Asie du Sud-Est et présente les activités de l’ASOSAI aux différentes réunions. Source : VNA/CVN
Le BOJ reçoit des délégations d’ISC en quête d’efficacité dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent. La coopération avec l’Audit d’État du Vietnam est étroite, le Japon étant le premier partenaire financier du pays. Les auditeurs vietnamiens sont formés en audit, douanes et impôts [13]. Dans le sillage du BOJ, les ISC des États d’Asie du Sud-Est ont progressivement accru leur rôle actif au sein de l’ASOSAI [14]. En outre, ces ISC coopèrent plus facilement entre elles au sein de l’Organisation des institutions supérieures de contrôle des finances publiques de l’Asie du Sud-Est (ASENSAI). Le BOJ a dirigé l’élaboration des lignes directrices de l’ASOSAI pour traiter la fraude et la corruption. Après dix mois d’activités financées par la JICA, la version définitive a été adoptée en octobre 2003 [15].
Le rôle stratégique de la JICA dans le partenariat entre le BOJ et les ISC sud-est-asiatiques : l’objectif de la maîtrise des risques liés aux investissements
Grâce aux connaissances et technologies du Japon, la JICA coopère sur le développement infrastructurel, économique, social et humain pour la croissance [16]. La JICA œuvre également au renforcement du droit et des systèmes judiciaires pour l’amélioration du climat de l’investissement et du commerce [17]. Le Japon encourage les partenaires régionaux à adopter les normes élevées de l’Accord global et progressif pour le Partenariat Transpacifique (CPTPP) et veille à la pleine mise en place de l’Accord de Partenariat économique régional global (RCEP) dominé par la Chine [18], ce qui facilite l’audit des chaînes de valeur transnationales.

La Première ministre japonaise au milieu des dirigeants des États d’Asie du Sud-Est, réunis pour le 28ème Sommet ASEAN – Japon à Kuala Lumpur (Malaisie) le 26 octobre 2025. L’aide publique au développement et les investissements directs régionaux japonais sont élevés dans la région. Par le biais de la JICA, le BOJ apporte un soutien technique et financier aux ISC d’Asie du Sud-Est dans leurs missions de contrôle. Source : Bureau des Affaires publiques du Cabinet du Premier ministre du Japon
Le BOJ et la JICA pilotent le renforcement des capacités institutionnelles, techniques et humaines des ISC, qui intègrent mieux les normes de l’INTOSAI en tenant compte de leurs réalités spécifiques [19]. Les méthodologies d’audit sont appliquées en exécution des projets d’infrastructures de développement pour garantir la transparence et l’efficacité de l’APD et des IDR. La modernisation des douanes et des audits transfrontaliers renforce la sécurisation des investissements. Le BOJ, la JICA et les douanes japonaises favorisent l’uniformisation des structures douanières des pays du bassin du Mékong afin d’améliorer les services et les compétences du personnel. Au Vietnam ou en Birmanie, des systèmes informatisés japonais fournis aux services de gestion des risques optimisent la lutte contre la fraude et la contrebande [20]. Le BOJ et les ISC sud-est-asiatiques suivent les transactions transfrontalières des produits, services, droits douaniers ou la circulation des déchets ordinaires ou dangereux [21].
[1] Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, 2004. « La corruption : tout le monde en paie le prix ! ». En ligne : https://www/unodoc.org
[2] En langue anglaise, Board Audit of Japan (BOJ). Le Conseil d’Audit du Japon comprend principalement une Commission d’audit qui prend les décisions par consensus des trois commissaires (dont la durée du mandat est de 5 ans), et supervise les activités menées par le Bureau exécutif général. Le Commissaire n°1 Harada Yuhei, est l’actuel Président du BOJ. Hiki Fumiko Commissaire n°2, a participé à la 79ème réunion du Conseil d’administration de l’INTOSAI du 27 au 31 octobre 2025 à Charm-el-Cheik en Égypte. S’agissant de la troisième Commissaire Tanaka Junko, elle était auparavant Directrice générale à la Société publique de télévision du Japon (Nippon Hôsô Kyôkai – NHK ; Directrice générale du Département NHK World).
[3] Organisation de Coopération et de Développement Économiques, 2017. « Institutions supérieures de contrôle des finances publiques et bonne gouvernance : Supervision, conseil et prospective » in Examens de l’OCDE sur la gouvernance publique. En ligne : https://dx.doi.org/10.1787/9789264285613-fr
[4] Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques, 2023. Plan stratégique 2023-2028. En ligne : https://www/intosai.org
[5] Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques, 2019. « Japon : Le Conseil publie un ouvrage sur les 130 ans de son histoire » in Revue internationale de vérification des comptes publics. En ligne : https://www.intosaijournal.org
[6] La 29ème réunion internationale de Tokyo sur l’audit avait pour thème « Audit des initiatives gouvernementales liées à la gestion des catastrophes naturelles et à la résilience nationale ». Organisée du 4 au 5 décembre 2024, la 28ème réunion avait quant à elle pour thème « Le renforcement des capacités des ISC pour un développement efficace et efficient des ressources humaines ».
[7] Les statuts de l’INTOSAI (International Organization of Supreme Audit Institutions) sont entrés en vigueur en 1968. Ils seront remplacés à l’issue du XIVème Congrès de l’INTOSAI en Octobre 1992 à Washington (États-Unis). Le Secrétariat Général de l’INTOSAI siège à Vienne, abrité par la Cour des comptes d’Autriche.
[8] Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, 2023. « Renforcer la collaboration entre les institutions supérieures de contrôle des finances publiques et les organes de lutte contre la corruption dans la prévention et la lutte anticorruption : Guide pratique », Vienne : ONUDC, Service des publications, de la bibliothèque et des services en anglais.
[9] Tenu à Madrid (Espagne) le 22 mai 1974, le VIIIème Congrès de l’INTOSAI (International Congress of State Audit Services – INCOSAI 8) avait pour thèmes généraux : 1. Les ISC et le contrôle des recettes fiscales ; 2. Les problèmes propres au contrôle des entreprises des travaux publics.
[10] De 11 ISC en 1979, l’ASOSAI (Asian Organization of State Audit Institutions) compte aujourd’hui 48 ISC membres. Les membres du Conseil d’administration pour le mandat 2024-2027 sont : l’ISC de l’Inde (qui assure actuellement la présidence de l’ASOSAI), l’ISC de la Chine (Secrétariat général), l’ISC du Japon (Administrateur du développement des capacités), les ISC de Corée du Sud, de Thaïlande, de Malaisie, des Philippines, du Pakistan, des Émirats Arabes Unis et d’Arabie Saoudite. Les ISC du Vietnam et de Turquie ont été admises en tant que membres du Comité d’audit pour le mandat 2024-2027.
[11] Les 16ème Assemblée, 60ème et 61ème réunions du Conseil d’administration de l’ASOSAI se sont tenues à New Delhi (Inde) du 23 au 27 septembre 2024. L’Assemblée de l’ASOSAI qui a lieu tous les trois ans, réunit les représentants de toutes les ISC membres afin de présenter un rapport des activités de l’ASOSAI et de l’INTOSAI depuis la dernière Assemblée, de définir le programme d’activités pour les années suivantes et d’élire les membres du Conseil d’administration et du Comité d’audit, dont le mandat est de trois ans. La réunion du Conseil d’administration qui se tient une fois par an, permet également de présenter un rapport sur les activités de l’ASOSAI et de l’INTOSAI depuis la dernière réunion et de définir le programme d’activités pour l’année suivante.
[12] Board Audit of Japan, 2024. « 16ème Assemblée de l’ASOSAI, 60e et 61e réunions du Conseil d’administration de l’ASOSAI ». En ligne : https://www.jbaudit.go.jp
Cette nouvelle vision triennale (2024-2027) présente la proposition de création d’un groupe de travail sur les audits des finances publiques et d’un projet de recherche sur les audits de performance.
[13] Reçu au Japon le 10 avril 2018 par Teruko Kawato à l’époque Président du BOJ, Ho Duc Phoc qui était l’Auditeur général du Vietnam a affirmé la volonté d’étudier les expériences japonaises en matière d’audit opérationnel, d’audit technologique et de formation des cadres. Ce afin de permettre à l’ISC vietnamienne de remplir les missions à elle confiées par l’Assemblée nationale et l’État. Avec 2600 milliards de yens (environ 24,3 milliards de dollars) à l’époque, le Japon est déjà le premier bailleur d’aide publique au développement au Vietnam. L’APD japonaise représente actuellement 36% des financements au Vietnam.
[14] Après le BOJ (2006-2009), la présidence de l’ASOSAI a été assurée par des ISC d’Asie du Sud-Est : Malaisie (2015-2018), Vietnam (2018-2021), Thaïlande (2021-2024). Dans ce contexte, le Vietnam qui a été membre du Conseil d’administration de l’ASOSAI durant trois mandats consécutifs (2015-2024) a abrité d’importants événements tels que : le Forum économique mondial sur l’Asie de l’Est (2010), la 132ème Assemblée de l’Union interparlementaire (2015), le Sommet APEC (2017) ou la 26ème Conférence annuelle du Forum parlementaire Asie-Pacifique en 2018. Cette même année, le Vietnam a procédé à la signature du CPTPP (8 mars 2018).
[15] Le BOJ a lancé les activités de développement des lignes directrices à partir d’une enquête réalisée de décembre 2002 à janvier 2003 par un questionnaire sur les approches et pratiques suivies par les ISC membres de l’ASOSAI. Disposant d’un Document de base tenant compte des réponses au questionnaire, le BOJ a pris la tête d’un groupe de travail d’élaboration d’un projet de guide durant un atelier organisé à Tokyo du 12 au 23 mai 2003. Un premier puis un deuxième projet des lignes directrices de l’ASOSAI en matière d’audit sur la fraude et la corruption ont donc été présentés aux ISC membres. Des efforts supplémentaires du groupe de travail ont permis d’affiner le projet d’exposition en version définitive, approuvée par la 32ème réunion du Conseil d’administration le 20 octobre et la 9ème Assemblée générale le 22 octobre 2003.
[16] JICA, 2016. « Activités et initiatives par région : Asie du Sud-Est » in JICA Rapport annuel 2016. Tokyo : Japan International Cooperation Agency.
[18] Ministère des Affaires étrangères du Japon, 2023. Livre bleu diplomatique 2023. Version résumée. En ligne : https://www.mofa.go.jp/mofaj/gaiko/bluebook/
Signé le 8 mars 2018 par 11 États, le CPTPP (Comprehensive and Progressive TransPacific Partnership) fortement promu par le Japon maintient des normes industrielles et commerciales élevées et soutient l’établissement des règles avant affaires. Contrairement au RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) signé le 15 novembre 2020 par 15 États. Dominé par la Chine, le RCEP promeut des normes économiques et commerciales souples et soutient l’établissement des règles après affaires.
[19] Les normes de l’INTOSAI ou normes ISSAI (International Standards of State Audit Institutions) sont adoptées par les ISC membres. Elles sont relatives à des domaines variés. Exemple, la norme ISSAI 5130. Devenue une ligne directrice depuis 2019 et rebaptisée GUID 5202, cette norme ISSAI est actuellement la principale référence méthodologique pour les contrôles environnementaux et de développement durable effectués par les ISC. Voir en ligne sur le site www.issai.org
[20] JICA, 2020. « Dossier spécial : La région du Mékong : Moderniser les douanes pour faciliter le commerce » in Jica’s World. En ligne : https://www.jica.go.jp
Au Vietnam et en Birmanie, la JICA a soutenu la mise en place de systèmes douaniers automatisés basés sur le NACCS (Système intégré de dédouanement automatisé du fret maritime et aérien du Japon). Les douanes vietnamiennes sont en outre intégrées au Programme japonais des Maîtres formateurs en intelligence géospatiale (2025 - 2027) mis en œuvre par la JICA. Globalement, des agents des douanes japonaises sont détachés dans les pays d’Asie du Sud-Est situés dans le bassin du Mékong (le fleuve qui prend sa source en Chine, traverse le Vietnam, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande jusqu’en mer de Chine méridionale).
[21] INTOSAI, 2015. « GUID 9000 : Les contrôles coopératifs entre les ISC » in Revue internationale de la vérification des comptes publics. En ligne : https://www/issai.org
Les contrôles coopératifs concernent les audits de la qualité, de la conformité, de la performance, de l’environnement.