Signification de la canonisation et de la commémoration dans un monde moderne
La canonisation est un processus long et complexe qui reconnaît une personne de foi catholique ou chrétienne comme sainte [4]. Le pape François a relancé une initiative de saint Jean-Paul II, qui avait été le premier à lancer la recherche et la commémoration des « nouveaux martyrs » pour recueillir les noms et les histoires des martyrs du XXe siècle [5]. Le but de ce projet de témoins de la foi du 21e siècle est d’inspirer aux générations futures leur mémoire comme source d’espérance en embrassant le concept de « l’œcuménisme du sang ». Il s’agit de reconnaître la souffrance partagée parmi les chrétiens et ceux qui sont restés fidèles à leur foi malgré le modernisme et le déclin de la religion dans certaines parties du monde. Les martyrs de la foi d’aujourd’hui cherchent à démontrer que ceux qui sont morts à cause de leur foi n’étaient pas seulement en contexte de régime totalitaire, mais qu’ils se trouvaient également dans des contextes démocratiques et de crises humanitaires.

Pape François. Source : Ashwin Vaswani, Unsplash
Des exemples notables incluent : la béatification du révérend Rutilio Grande et des laïcs catholiques Manuel Solórzano et Nelson Lemus le 22 janvier 2022 [6]. Ils ont été abattus par un escadron de la mort de droite au Salvador le 12 mars 1977. Le révérend Grande était bien connu au Salvador pour son militantisme contre la pauvreté et la dignité des personnes marginalisées. L’archevêque Oscar Romero, assassiné pendant la messe du 24 mars 1980, a été canonisé en 2018 [7]. Lui aussi a été assassiné par les forces de droite pour son militantisme en faveur des droits humains et de la pauvreté au Salvador, considéré comme un symbole majeur de la résistance contre l’oppression au Salvador.
Dans le contexte des attentats du dimanche de Pâques 2019 au Sri Lanka, le délai pour que le Dicastère mène ses enquêtes et termine le processus reste incertain. Cependant, ces attentats ont suscité des réactions mondiales, notamment au sein de la diaspora sri-lankaise. Au Canada, plusieurs événements de dialogue interreligieux ont eu lieu la même année, comme la veillée à l’église Our Lady of Lourdes à St. Jamestown (Toronto), la veillée à Scarborough (Malvern) et une prière organisée par la Hindu Temple Society of Canada [8]. La diversité religieuse des participants témoigne du multiculturalisme inhérent aux commémorations des victimes du terrorisme. Pour le cinquième anniversaire des attentats, des cérémonies comme celle de l’église de Kochchikade ont réuni le Représentant résident de l’ONU au Sri Lanka, le Nonce apostolique et des chefs religieux, dont des moines bouddhistes et Son Éminence le cardinal Malcolm Ranjith [9]. La présence de ces figures issues de diverses confessions constitue un appel fort au rapprochement interreligieux.
Demande de justice
Comme le montrent à la fois le documentaire de Channel 4 et le documentaire de la BBC sur les attentats du dimanche de Pâques au Sri Lanka, une importante défaillance de sécurité dans la prévention des attentats a été relevée [10]. Les conclusions du rapport du Comité spécial du Parlement font des évaluations détaillées de la culpabilité, mettant en évidence de multiples lacunes dans la sécurité et l’inaction du gouvernement. Par conséquent, le projet de canonisation des victimes des attentats du dimanche de Pâques joue en faveur d’une demande plus large de justice, en particulier en ce qui concerne la défaillance du renseignement qui a conduit aux attaques dévastatrices. En cherchant à déclarer les victimes comme des martyrs de la foi, l’Église catholique adopte une position politique forte. Cela symbolise une demande de vérité et de justice, exhortant les autorités à enquêter rigoureusement sur les circonstances entourant les attentats et à tenir pour responsable ceux qui ont échoué à les prévenir. De plus, en commémorant les victimes de cette manière, le projet de canonisation souligne également l’importance de la liberté religieuse et de la tolérance dans une société profondément marquée par la violence sectaire [11]. En fin de compte, cela témoigne d’une quête collective de guérison, de réconciliation et d’un engagement à empêcher de telles tragédies de se reproduire.
